épigénétique et psychogénéalogie

Épigénétique: la psychogénéalogie vient-elle de gagner ses lettres de noblesse ?

La psychogénéalogie a été controversée pendant des décennies jusqu’à ce qu’elle trouve ses premières preuves solides dans l’épigénétique – l’étude des changements dans l’expression des gènes. Aujourd’hui, les chercheurs continuent d’explorer ce nouveau domaine, mais une chose est sûre: l’héritage est plus complexe qu’il n’y paraît.

Tout a commencé par une question simple: de quoi héritons-nous de nos parents ? Les biologistes et les généticiens se sont longtemps concentrés sur les gènes en tant que porteurs de caractères, mais ils se sont également intéressés à la manière dont ces expressions génétiques pouvaient être modifiées par des facteurs environnementaux. À leur tour, certains psychologues ont commencé à théoriser que les enfants n’héritaient pas seulement des gènes de leurs parents, mais aussi de leurs expériences.

Qu’est-ce que l’épigénétique ?

Pour commencer, il semble pertinent de retracer l’origine de cette discipline ainsi que son fonctionnement, afin de pouvoir par la suite comparer les concepts d’épigénétique et de psychogénéalogie.

Fondamentalement, l’épigénétique est l’étude de l’influence des facteurs environnementaux sur l’expression des gènes ou le phénotype cellulaire.

Les origines de l’épigénétique

Au XXe siècle, la recherche s’est concentrée sur l’identification des chromosomes en tant que porteurs de gènes, et sur la manière dont ces expressions génétiques modulent certains phénotypes. Ce n’est qu’à la fin du XXe siècle que l’épigénétique a commencé à apparaître.

Deux lauréats du prix Nobel, Conrad Hal Waddington et Paul Berg, sont considérés comme les fondateurs de l’épigénétique. Waddington a été le premier chercheur à utiliser le terme « épigénétique » afin de décrire la façon dont les cellules se différencient au cours du développement embryonnaire.

Le mot « épigénétique » a été inventé en 1942 par C.H. Waddington, un biologiste anglais qui l’a utilisé pour décrire la façon dont les cellules se différencient au cours du développement embryonnaire. Comme il l’a dit à l’époque, l’épigénétique est une branche de la biologie qui traite des « interactions causales entre les gènes et leurs produits qui donnent naissance au phénotype ». Du point de vue de Waddington, les modèles d’expression génétique n’étaient pas figés. Ils peuvent être modifiés par l’exposition à l’environnement au cours de la vie, ce qui affecte la façon dont les gènes sont exprimés une fois qu’ils font partie de l’ADN d’un organisme.

L’épigénétique est réellement devenue un nouveau domaine à la fin des années 1990, lorsque les scientifiques ont commencé à comprendre que des facteurs environnementaux tels que l’alimentation, le stress et l’exposition aux produits chimiques pouvaient provoquer des modifications héréditaires. Ces modifications n’affectent pas la séquence d’ADN elle-même, mais plutôt la manière dont les gènes sont exprimés.

Le fonctionnement de l’épigénétique

L’épigénétique est donc l’étude de la manière dont l’environnement influence l’activité d’un gène en facilitant ou en empêchant son expression.

Pour visualiser plus facilement, un gène est un morceau d’ADN grâce auquel se transmet un caractère héréditaire comme par exemple la couleur des yeux.

C’est donc grâce à ces gènes que nos caractéristiques physiques sont déterminées.

Cette expression variable des gènes se fait par modification chimique, la méthylation, au niveau de certaines molécules de l’ADN. Ces modifications permettent une adaptation environnementale, mais dans certains cas favorisent l’apparition de pathologies comme l’obésité, le diabète, des allergies ou encore des troubles psychologiques.

L’épigénétique explique l’acquisition de caractères qui se transmettent d’une génération à l’autre ou encore qui se perdent après avoir été hérités.

Contrairement au génome qui est constant et stable, les traces épigénétiques apparaissent par l’action de l’environnement et des expérimentations personnelles. Elles sont dynamiques et peuvent être modifiées de manière permanente ou temporelle. Elles varient donc fortement d’un individu à un autre.

On peut citer l’évolution d’un œuf de reptile ou poisson en mâle ou en femelle en fonction de la température (TSD). Ceci est un exemple concret de l’action de l’environnement sur l’expression d’un gène.

Les recherches récentes

Les études épigénétiques récentes se sont penchées sur des jumeaux identiques, qui partagent donc la même séquence ADN, pour comprendre l’influence de l’environnement sur leurs gènes.

Si vous avez des jumeaux dans votre entourage, vous vous êtes sûrement rendu compte qu’ils n’ont pas la même personnalité malgré leur forte ressemblance physique. Ils peuvent également avoir des antécédents médicaux différents.

Manel Esteller et ses pairs ont comparé la chromatine de paires de jumeaux identiques à différents âges, depuis leur naissance et jusqu’à un âge avancé. Comme vous pourriez vous y attendre, les jumeaux sont épigénétiquement similaires à la naissance, mais leurs patrons divergent progressivement au cours du temps. De plus grandes différences s’observent entre des jumeaux qui ont vécu séparément plus longtemps.

C’est donc l’environnement, et non la génétique qui est responsable des différences dans l’expression des gènes.

Une étude récente sur la mémoire épigénétique montre l’importance du poids de la mère au cours du développement de l’enfant et à long terme. Cette étude a examiné comment les mères obèses affectent leurs enfants à la naissance et à l’âge adulte. Les effets du poids maternel sur la santé de la progéniture ont été étudiés, ainsi que l’expression génétique. Les enfants de mères obèses sont plus susceptibles d’avoir des problèmes de croissance dans l’utérus que les autres enfants. Lorsqu’une personne naît d’une mère obèse, elle a plus de chances de devenir elle-même obèse en grandissant. La perte de poids pour les femmes obèses lorsqu’elles sont enceintes aide à atténuer les conséquences de l’obésité sur leur progéniture.

Cet exemple montre que l’épigénétique est également capable d’expliquer certaines caractéristiques physiques d’individus.

Les fondements de la psychogénéalogie

Nous avons donc examiné les différents aspects de la science que l’on nomme épigénétique. Ce que nous cherchons à savoir maintenant est si l’épigénétique et la psychogénéalogie sont deux termes utilisés pour qualifier le même domaine d’étude.

Qu’est-ce que la psychogénéalogie ?

La psychogénéalogie est une science relativement récente, qui explore les facteurs psychologiques influant sur notre bien-être mental, émotionnel, et quelques fois physique. Et la manière dont ces facteurs ont été façonnés par notre situation familiale et sociétale.

La psychogénéalogie est une science complexe qui retrace une histoire familiale, pour comprendre et libérer un individu de son bagage émotionnel. Elle nous invite donc à revoir et repenser notre lien familial.

Le précurseur de ce domaine est Sigmund Freud qui l’aborde dans un premier temps du côté psychanalytique. Il évoque l’existence d’une « âme collective » pour exprimer l’évolution et le progrès de l’humain à travers l’apprentissage transmit de génération en génération.

Ces travaux sont ensuite repris par différents chercheurs qui approfondiront le concept de transmission au fil des générations en se focalisant surtout autour des sentiments transmis. On parle alors de « hantise généalogique » et de « loyautés invisibles » selon lesquelles nous aurions des dettes envers nos ancêtres.

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Guérir nos sentiments pour guérir nos descendants selon la psychogénéalogie

Pour guérir les troubles expérimentés ou ressentis par un individu ou encore résoudre un conflit familial, la psychogénéalogie propose donc de rechercher auprès de vos ancêtres et de votre histoire familiale les traumatismes subits.

On procède alors à une recherche intensive au sein de notre arbre généalogique avec les archives disponibles sur notre famille. Le but est de trouver similitude entre notre vie et une expérience vécue par nos aïeux à une date correspondante, un même prénom ou autre similitude avec les maux présentés par le patient.

Une fois la recherche aboutie, il faudra réaliser des séances de visualisation afin de se mettre à la place de l’aïeul ayant subit le traumatisme. Ces séances peuvent être réalisées seules ou en groupe. La pratique collective peut compléter le travail individuel et consiste à mettre en scène l’évènement ou la situation traumatisante dans un psychodrame ou lors d’une constellation familiale, pour finaliser le dénouement des chocs familiaux.

Le but ultime de ses séances est de libérer le bagage émotionnel du patient, mais également de rompre le lien entre les générations passées et les générations futures.

Alors, peut-on associer l’épigénétique à la psychogénéalogie ?

L’épigénétique montre bel et bien qu’il y a un lien entre l’expression d’un gène et l’environnement dans lequel un individu évolue, mais que cette expression génique est également liée aux impacts environnementaux subits par les parents.

On se demande donc si l’épigénétique est oui ou non l’explication scientifique au domaine d’étude qu’est la psychogénéalogie.

La psychogénéalogie parle davantage d’un mal-être subit par une personne que de troubles physiologiques ou mentaux dont fait état la psychogénéalogie.

Néanmoins, nous avons la preuve grâce à l’épigénétique qu’un stress environnemental conditionne les gènes exprimés. Mais il a également été prouvé que lorsque l’environnement et les expériences changent, l’expression des gènes change également comme le prouve l’étude sur les mères obèses et leur tendance pondérale.

De plus, les études menées en épigénétique touchent davantage les tendances telles que la privation de nourriture, l’excès de consommation ou encore le climat environnemental dans lequel les parents ou grands-parents auraient évolué. Plutôt que des expériences traumatisantes comme la décapitation d’un ancêtre qui ne pourrait transmettre son mal aux générations futures étant donné que la conception de ses enfants se serait déroulée avant sa mort.

En conclusion, nous ne pouvons pas ignorer la similitude entre l’épigénétique et la psychogénéalogie. Cependant, pour l’instant, ce lien ne nous permet pas de valider la psychogénéalogie en termes scientifiques.

Une réflexion sur “Épigénétique: la psychogénéalogie vient-elle de gagner ses lettres de noblesse ?

  1. Bonjour
    Vous expliquez fort bien les deux concepts.
    par contre contrairement a vous je ne vois pas de similitudes et vous n expliquez en rien ce qu’elles sont

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