Psychogénéalogie science ou croyance

La psychogénéalogie: science ou croyance ?

Fonctionnement de la psychogénéalogie

Un article de France bleu abordant le thème de la psychogénéalogie à travers le livre Guérir de sa famille par Michèle Bromet-Camou nous a convaincu que cette science – ou croyance – était facinante, raison pour laquelle nous avons tenu à écrire un billet sur le sujet.

La psychogénéalogie est un domaine d’étude relativement nouveau, qui explore les facteurs psychologiques influant sur notre bien-être mental, émotionnel, et quelques fois physique. Et la manière dont ils ont été façonnés par notre situation familiale et sociétale. Elle incite les individus à repenser certaines hypothèses fondamentales que nous avons sur la dynamique familiale, comme l’idée que chaque génération d’enfants est psychologiquement mieux lotie que celle qui la précède !

Afin d’explorer cette discipline plus en profondeur, il convient d’essayer de comprendre son émergence, son fonctionnement, ses bienfaits rées et ce qui relève de la croyance.

Comment a été fondée la psychogénéalogie ?

Un premier approfondissement des origines de cette discipline permet d’en comprendre tous les travers et les principes, avant de pouvoir se forger un avis individuel, voire critique.

Qu’est-ce que la psychogénéalogie ?

La psychogénéalogie est un type de psychanalyse dans lequel le thérapeute tente d’explorer les facteurs qui affectent notre bien-être mental et émotionnel et qui ne peuvent être retracés qu’à travers notre histoire familiale. Elle a été développée à l’origine comme un outil permettant de comprendre certains conflits familiaux. Ceci en fait une connaissance utile pour les personnes qui souffrent de maux qu’ils ne peuvent expliquer, ou pour les familles victimes de schémas répétitifs que certains qualifient de « malédictions ».

Ce domaine d’étude reconnaît que nous venons tous de circonstances différentes, et que ces circonstances peuvent affecter notre façon de vivre. La psychogénéalogie permet également de comprendre comment ces facteurs ont été façonnés par des circonstances extérieures, sans rapport évident avec l’individu.

C’est un peu comme de la génétique physique, mais qui au lieu de se concentrer sur l’ADN et ses possibles mutations pouvant amener à des prédispositions pour certaines maladies, se concentrera sur les facteurs mentaux, émotionnels et sensitifs, avec pour but de retracer l’histoire de l’inné qui se trouve en chacun de nous.

Qui sont les fondateurs et quelles sont les origines de la psychogénéalogie ?

Que l’on soit un fervent défenseur ou détracteur de la discipline, force est de constater que c’est une domaine complexe. Une bonne compréhension de son histoire et différents courants de pensée abordés par les psychanalystes, philosophes et scientifiques ayant contribué à sa fondation permet de dégager une certaine clarté sur le sujet.

Sigmund Freud est le précurseur de cette discipline lorsqu’il aborde le côté psychanalytique de cette science. Dans Totem et Tabou il introduit pour la première fois l’existence d’une « âme collective ». Freud pense que la progression psychique d’une génération se transmet à la suivante, sinon l’apprentissage de la vie recommencerait à zéro et cette théorie exclurait tout progrès et développement de l’humain.

C’est Carl Gustav Jung qui a accentué le côté transgénérationnel avec l’idée de l’ « inconscient collectif », auquel chacun de nous aurait accès, dans son essai Psychologie de l’inconscient.

Nicolas Abraham et Maria Törok feront suite à la théorie de Freud en élaborant la notion de « hantise généalogique » et le « travail du fantôme » dans l’inconscient de l’enfant. Quant à Ivan Boszormenyi-Nagy, il émet une théorie sur les « loyautés invisibles » qui montrent la comptabilité dans les familles avec des « dettes » vis-à-vis de nos aïeux.

Ces praticiens ont ainsi développé des formulations complémentaires concernant les dynamiques et schémas répétitifs familiaux. Enfin, c’est la psychothérapeute Anne Ancelin-Schützenberger qui popularise la psychogénéalogie avec Aïe, mes aïeux ! en 1998. Elle décrit cela comme une « patate chaude » transmise de génération en génération avec laquelle chacun « se brûle » au passage.

La psychogénéalogie actuelle peut être considée comme l’aboutissement de toutes ces théories, ce qui ne signifie pas qu’elle ne peut pas encore évoluer alors que d’autres théories seront développées et précisées au fil du temps.

Comment la psychogénéalogie nous incite-t-elle à repenser les hypothèses sur la dynamique familiale ?

La psychogénéalogie est une science complexe qui retrace une histoire familiale, pour comprendre et libérer un individu de son bagage émotionnel. Elle nous invite donc à revoir et repenser notre lien familial.

Déconstruire l’idée que chaque génération d’enfants est psychologiquement mieux lotie que celle qui la précède

L’idée de bien-être psychologique en relation avec l’évolution des structures familiales au fil du temps démontre clairement que tous les enfants ne sont pas élevés avec les mêmes chances de richesse, d’éducation ou de stabilité.

La psychogénéalogie remet en question ces hypothèses d’amélioration psychologique générationnelle en s’interrogeant sur la façon dont chaque génération peut avoir un impact sur la suivante. On s’intéresse donc à la manière dont notre famille – même éloignée de plusieurs générations – façonne notre propre état émotionnel et mental.

Cela peut ainsi nous aider à comprendre les problèmes de santé mentale profondément ancrés dans la dynamique familiale, qui sont souvent difficiles à traiter sans une bonne compréhension de leurs origines.

Améliorer notre propre vie ainsi que celle des générations futures !

À terme, la psychogénéalogie se veut libératrice du bagage familial pour laisser place à l’expression de notre personnalité et des besoins qui nous sont propres. Grâce à cette pratique, nous arriverions à créer une « rupture » entre nos aïeux et nous même. Et ceci implique également nos descendants, qui commenceront leur vie en terrain « neutre », sans attaches ni influences passées.

La psychogénéalogie est-elle une pseudoscience ?

Bien que la psychogénéalogie soit populaire auprès de certaines personnes et ait été érigée par différents domaines d’études et différents penseurs, elle ne fait pas l’unanimité. En effet, il semblerait que le corps médical soit encore assez réfractaire à cette pratique.

Témoignages de patients

Le témoignage le plus surprenant et populaire en psychogénéalogie est sûrement celui que l’on peut retrouver dans Aïe, mes aïeux ! où Anne Ancelin-Schützenberger raconte l’histoire de François, un patient souffrant depuis des années d’un problème de circulation sanguine et de maux de gorge. Un ancêtre lui aussi prénommé François, aurait été guillotiné 170 ans jour pour jour avant sa naissance. Après avoir simulé l’épisode vécu par son aïeul, François voyait ses symptômes disparaître.

Sophie Duverne, thérapeute, explique aussi que beaucoup de ses patients sont des personnes qui se cherchent, qui se demandent qui ils sont: « je ne sais pas vraiment qui je suis, j’ai un peu l’impression d’être double ». Et ils découvrent suite à leurs recherches qu’ils sont les remplaçants d’un enfant mort-né et que leurs parents leur ont caché son existence.

Remises en question des fondements de la psychogénéalogie

Les traumatismes traversés par nos ancêtres seraient ainsi transmis à travers les générations de manière inconsciente, sous forme de troubles comportementaux, émotionnels et même physiques dans certains cas.

Il est évoqué par exemple que lorsqu’une jeune femme a des difficultés à concevoir un deuxième enfant, cet obstacle serait dû au fait que la seconde grossesse de l’une de ses ancêtres ne serait pas arrivée à terme.

Nicolas Gaillard, cofondateur du CORTECS et conférencier, exprime ses réserves vis-à-vis de la psychogénéalogie et la résume en une phrase simple et courte « quand on cherche, on trouve ». Il argumente ensuite par « Les liens établis sont essentiellement fondés sur des coïncidences. Trouver des relations entre des dates est inévitable ».

Par exemple, il y a 97% de chances que, dans un groupe de 50 personnes, deux d’entre elles soient nées le même jour. Pour lui, il est donc difficile de trouver des bases rationnelles dans la psychogénéalogie.

Mise en garde contre cette méthode

De nombreux psychologues comme Gabrielle Zanaroli mettent en garde contre les pratiques de la psychogénéalogie. Ils expliquent en effet qu’un praticien sans bagage professionnel prenant en consultation des patients pourrait facilement se trouver démuni face à une situation clinique complexe. Et une séance se voulant au départ thérapeutique pourrait engendrer de plus gros traumatismes pour le patient. On pensera notaemment à de faux souvenirs induits, des ruptures familiales ou accusations infondées qui peuvent aussi être très dangereux pour un patient déjà sujet à des troubles psychologiques.

Les praticiens eux-mêmes mettent en garde contre ceux qui s’autoproclament psychogénéalogistes.

La psychiatre et psychogénéalogiste Sylvie Angel s’exprime à ce sujet en expliquant que la psychogénéalogie est un concept issu de recherches transgénérationnelles qui permettent de travailler sur des traumatismes datant de deux ou trois générations maximum, pour mieux comprendre l’histoire familiale. Mais que l’histoire de nos ancêtres du XVe siècle n’a aucun impact sur notre vie. Les archives disponibles de cette époque étant bien souvent incomplètes et le contexte historique et familial peu connu, cela ne permet pas d’avoir accès à suffisamment d’informations précises pour pouvoir effectuer un travail sur soi-même.

À la question « Pourquoi certains parlent de dérive sectaire à propos de la psychogénéalogie ? », Sylvie Angel nous offre une explication : « Probablement parce qu’il y a des gens qui ont utilisé l’arbre généalogique ou certains concepts pour en faire force lois ou remonter un peu plus loin dans l’arbre généalogique. Il faut se méfier de ceux qui s’autoproclament thérapeutes et qui n’ont pas de background suffisant. L’idée est d’aller consulter des personnes déjà diplômées de psychologie ou psychiatrie, qui ont par la suite suivi une formation dans ce domaine. Il n’existe pas, à ma connaissance, de diplôme de psychogénéalogie qui soit reconnu par la communauté scientifique. »

La psychogénéalogie, science ou croyance ?

La psychogénéalogie est un domaine d’étude est intéressant, qui, appréhendée avec du recul, peut être bénéfique et résoudre certains malêtres persistants au sein d’une famille sur un maximum de deux ou trois générations. Cependant, il convient de rappeler que toute tentative de remonter plus loin se rapprochera plus de la croyance que d’une approche scientifique ayant fait ses preuves. Dans tous les cas, la psychogénéalogie doit être expérimentée avec précaution et il faut se renseigner attentivement au sujet du thérapeute proposant ses services.

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